J'ai trouvé quelques films du cinéaste hollandais Joris Ivens sur YouTube. J'ai découvert récemment son importance pour l'émergence d'un documentaire qui exploite les possibilités formelles, esthétiques et poétiques du cinéma, alors à ses débuts. Plus tard, il réalisera de par le monde des films plus engagés sur le plan politique.
La qualité n'est pas extraordinaire, en tout cas pour Pluie, mais pour Le pont c'est raisonnable. Dire qu'il y a quelques années j'aurais été outré de regarder un film de cette résolution... maintenant je me dis que c'est mieux que rien, en attendant d'avoir la chance de mettre la main sur une meilleure copie.
Pour Pluie, Ivens choisit de filmer non pas un événement, une personne ou une ville, mais bien un élément naturel. Il se promène avec sa caméra, qui ne le quitte presque pas pendant deux ans, afin de capter les images qui composent ce film et qui nous montrent pratiquement toutes les formes que la pluie peut prendre (il dormait même avec sa caméra pour pouvoir surprendre la pluie sur la fenêtre de sa chambre). C'est une méditation poétique qui s'inscrit aussi dans la lignée des explorations formelles qui composent ce qu'on appelle un peu pompeusement, à partir de notre position contemporaine, le cinéma expérimental.
Avec Le pont, c'est un monument du mobilier urbain et sa mécanique qui sont mis à l'honneur. Profitant de la portabilité de son appareil, Ivens parvient à filmer le pont sous tous ses angles et à nous montrer le mouvement qui habite ce mastodonte. Sans glorifier la technologie, il nous permet tout de même de nous extasier face à cet ouvrage d'ingénierie, et même à tracer un parallèle, par les prises de vue et le montage, avec les bateaux et les locomotives à vapeur. À cette époque, la révolution industrielle était, j'ai l'impression, unanimement célébrée, surtout après les horreurs de la 1ere Guerre mondiale, qui avait montré le pire de l'être humain. On avait besoin de croire que nous étions encore capables de grandes choses... la Grande dépression n'allait frapper que l'année suivante, marquant la première grande dérive du capitalisme.
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