Monday, November 11, 2013

De l'importance d'une note juste

« De l'importance d'une note juste » est le titre d'une dissertation mémorable qui m'avait été imposée en... secondaire 2! Inondé, dans son cours de français, de récriminations de la part des étudiants qui trouvaient leur note injuste, Luc Bergeron nous avait fait rédiger un court texte sur ce sujet qui me rattrape aujourd'hui. J'avais à l'époque opté pour l'humour, imaginant un élève se transformant en monstre terrible à la vue d'une note injuste. Cette peur du monstre semble toujours m'habiter, mais ma place a changé. J'ai désormais le pouvoir d'attribuer une note.

Avec ce pouvoir vient bien entendu une grande responsabilité. Les notes ont aujourd'hui valeur de vie ou de mort sur le marché de l'éducation : certaines portes s'ouvrent ou se ferment; certains rêves s'envolent ou se brisent; certaines passions se déploient ou s'étouffent à cause des notes. Le bulletin, les colonnes de chiffres et de lettres qui nous comparent à soi et aux autres, a valeur de jugement, et est jugement de valeur.

Détenir le pouvoir d'attribuer une note impose l'humilité. Qui suis-je pour me permettre de juger, en quel nom cette prérogative m'est-elle attribuée? J'essaie de me convaincre qu'il faut une certaine mesure d'évaluation, dans l'apprentissage, pour progresser, mais cette évaluation a été érigée en un système si contraignant que je préférerais voir les étudiants s'évaluer face à eux-mêmes, plutôt que face à des objectifs. J'évalue parce qu'il le faut bien, pour suivre les règles, mais je ne suis pas convaincu d'en voir l'utilité, ni d'en avoir vraiment le droit.

Je tente donc de toujours me placer dans la peau de mes étudiants. Je me souviens de cette dissertation de Luc Bergeron; d'un travail sur la guerre des Malouines, au Collège militaire; d'une exploration de la notion de Dieu chez Spinoza, à qui je n'avais rien compris; d'un examen de synthèse, et d'un deuxième, et d'un troisième... Je me souviens du désir de bien faire, de l'importance de recevoir une copie commentée (ou non, ce qui était toujours décevant), de la fierté de bien réussir un travail, de l'humiliation de ne pas avoir une bonne note. Il y a le désir de se dépasser, que j'essaie d'encourager, et le désir de dépasser les autres, qui je tente de transcender. Je ne leur fais pas connaître la moyenne du groupe, au fil du semestre, selon les préceptes de Krishnamurti. Il y a bien assez de compétition dans notre monde sans que j'en rajoute dans mes salles de classe.

Il ne me reste donc que ma bonne foi sur laquelle me rabattre. J'essaie d'être le plus sincère et délicat possible, le plus précis et le plus positif possible, et d'encourager ce qui va bien. Je fournis souvent mes grilles de correction à l'avance. Je donne l'occasion de réviser certains travaux, ou de reprendre certaines questions manquées. Je récompense les progrès, et je tente de leur inculquer une certaine autonomie. Bref, tout pour qu'ils aient une bonne note, sans compromettre la qualité.

Merci Luc de m'avoir permis d'amorcer, il y a déjà longtemps, cette réflexion sur l'importance d'une note juste.

Sunday, November 10, 2013

A dream come true...

When I was younger, there was a sort of catchphrase that the teachers were throwing around, yet you felt they believed there was some truth in it, even if for them it was what seemed to be a somewhat bitter truth.

"In life, in order to be happy, 
you have to find of line of work 
that will correspond to your passion... 
That way, 
you will never have the feeling 
that you are working: 
only living."

That made me feel rather discomfited for my passion was either reading, or it was not existent. I brushed those thoughts away, and found myself struggling through my teenage years to find a passion, any passion, while it seemed to constantly elude me. I felt passionless, and I felt terrible about it. I convinced myself that I was bland, unfocused, and unable of true interest. I folded on myself, I withdrew from a foreign world. But I kept on reading...

But where could reading lead me? Every computer test (oh, in those days, so simple, yet so difficult to forget) was drawing me toward literature, but what future there? I dismissed those as chimeras. And I kept on reading, looking for a passion. Sciences, Politics and International Relations, History, Literature, Linguistics, Theatre, Cinema, Visual Arts, Philosophy - it was an orgy of knowledge and I drank every drop of it... yet I didn't find that all-consuming passion.

Then I started teaching, and it all came together. My passion didn't come from any of those disciplines, rather it was tightly tied to the very act of learning. The pleasure of discovery, the hardship of understanding, the pain of seeing a text remaining opaque, all of it drove me forward. And now, thinking about what I can pass on to my students, reading their often surprising work, exploring uncharted territories of culture that always fascinated me, hoping they will in turn fascinate them, I keep on reading...

I finally have found my passion. It was there all along, that's for sure. I just wasn't looking properly. It takes a while to get to know yourself, your pleasures, and your pains. Finding a place where I feel I can bloom is quite an unexpected feeling. Now that I think of it, I probably never have worked so hard before in my life, and they were right... It doesn't feel like working: it feels like living. And that's such a great thing to be able to say:

I am alive.
And I love my life.