Puis, en janvier, convaincu par le nombre croissant de références que je croise dans les médias, je loue Exit Through the Gift Shop, en pensant avoir affaire à un film d'autopromotion un peu prétentieux.
Et vlan dans les dents!
Ça m'apprendra à avoir des idées préconçues!
Tout d'abord, j'ai ri comme un fou! Le timing est bon, les personnages (car ils jouent un rôle) sont irrésistibles et l'audace (et l'intelligence) de tous ces artistes sont incroyables.
Ensuite, j'ai été complètement soufflé par la tournure des événements. Sachant que le film était de 90 minutes, je me demandais chaque 30 minutes quelles avenues le film allait emprunter pour être à chaque fois complètement surpris et charmé!
La première partie s'avère être ce que le documentaire sous-entend, c'est-à-dire l'histoire du Street Art, cet art de la rue qui va plus loin que le simple tag pour proposer une véritable vision artistique, souvent engagée, toujours ludique, accompagnée d'un commentaire sur la modernité et l'urbanité. La première partie présente bien tous les personnages, dont le cinéaste original et originel du film, Thierry Guetta.
La deuxième partie met l'accent surtout sur Banksy lui-même et nous le montre au travail, en train de préparer une exposition aux États-Unis. Dans un élan de réflexivité, on montre aussi Guetta en train d'essayer de monter son documentaire.
La troisième partie prend une tournure inattendue alors que Guetta se met à produire son propre art et à s'immiscer dans le marché de l'art de Los Angeles. Le cinéaste devient alors sujet du film et la caméra se met à le suivre partout!
Avec ce retournement, Banksy nous force à nous questionner sur la nature de la réalité et sur la nature de l'art. Peut-on prendre au sérieux un marché qui, au moindre hype, s'emballe pour un semi-imposteur? Peut-on manipuler la réalité et la filmer pour ensuite la passer, de manière objective, pour « ce qui s'est réellement passé »? Peut-on utiliser la vie d'un autre être humain pour en faire une oeuvre d'art, un coup monté, un coup d'argent? Ces questions soulèvent des questionnements éthiques assez jouissifs!
Ce qui est certain, c'est que Banksy fait preuve d'une grande sensibilité de cinéaste : le commentaire sur le cinéma documentaire qu'il tisse à travers son film est finement amené et fondamental à la bonne compréhension des enjeux qui régissent notre rapport à la réalité des images. Le montage est lui aussi extrêmement efficace, tissant une histoire qui n'existe probablement pas à partir d'images qui parviennent sans doute de sources diverses. On nous présente une unité narrative et visuelle assez convaincante pour que la plupart des questions qui nous hantent à la fin du film restent sans réponses... Banksy voulait, je pense, répondre à certaines critiques qui l'accusaient de s'être vendu en intégrant le marché de l'art. Il fait ici la démonstration par l'absurde de l'inanité de ce milieu.
Ça fait maintenant deux fois que je vois ce film et je le verrai certainement encore afin de tenter d'identifier les mécanismes mis en place par Banksy pour créer un documentaire qui me plaît autant, sur le plan des émotions comme de l'intellect. Je ne vais pas aller plus loin dans mes questionnements, je ne voudrais tout de même pas gâcher votre plaisir de voir le film. Vous pouvez voir le blogue de Josef Siroka, dans Cyberpresse, qui offre une mise en contexte intéressante et un forum de discussion.

No comments:
Post a Comment